Nos Portraits

Triipcool La Rochelle et la Jeune Chambre Économique de La Rochelle ont réfléchi conjointement à la situation économique et psychologique des commerçants de notre belle ville ne pouvant plus exercer leur activité, à la suite de la situation sanitaire engendrée par la covid-19. Triipcool fait travailler des acteurs locaux, qui interviennent à domicile. Cette entreprise a à cœur d’être pleinement solidaire des commerçants qui ont dû cesser toute activité. Ainsi, lors d’une réunion avec La Jeune Chambre Économique de La Rochelle, nous avons pensé au moral de nos partenaires et réfléchis à ce que nous pouvions mener comme action conjointe. Nous avons donc eu l’idée de dresser des portraits des commerçants qui ne peuvent plus ouvrir leur commerce en leur donnant la parole afin qu’ils puissent exprimer leurs ressentis.

La rochelle

Sobhi La Rochelle.
2 Rue de Dompierre, 17000 La Rochelle Téléphone : 05 46 29 61 82
https://sobhi-sport.com/
 

Sobhi La Rochelle.

Interview de Vogt Beate , dirigeante du Magasin Sohbi La Rochelle par Marion Sineux, la Jeune Chambre Economique.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis dirigeante de cette entreprise depuis fin 2010. Je suis allemande et en France depuis une vingtaine d’années. Je cours depuis maintenant 25 ans. Le magasin fait partie d’un groupement d’une vingtaine de magasins en France. Sobhi sport, en fait, ça vient d’un athlète, Nourdine Sobhi qui est un ancien marathonien de très haut niveau. Il a participé aux JO en 1988 à Séoul. Il a créé sa chaine de magasins spécialisés dans la course à pied. Chaque magasin est relativement assez indépendant. Chaque gérant propose les produits qu’il préfère. Je propose par exemple des vélos elliptiques qui vont à l’extérieur et je suis la seule dans le réseau à proposer ce produit. Au niveau des marques donc, chaque magasin a ses préférences. 

Pouvez-vous me dire comment vous vivez ce troisième confinement ?

C’est vrai que je ne m’y attendais pas parce qu’on entendait tout et son contraire. J’ai des clients qui courent et qui travaillent à l’hôpital, ils ont été étonnés de cette décision. Les mesures n’ont pas été difficiles à mettre en place. Il s’agit de mettre du gel hydroalcoolique à disposition, de positionner des marquages au sol et de faire respecter la consigne du masque. J’avais prévu des masques pour ceux qui n’en n’avaient pas. mon magasin, ce n’est pas Décathlon ou Les Galeries Lafayette. Quand j’ai deux ou trois clients en même temps, c’est déjà ça. Ce n’est pas chez moi que les gens vont attraper le Covid. Mon magasin fait 70 mètres carrés et, je peux accueillir jusqu’à 7 personnes et c’est rarement le cas. C’est surprenant que des petits magasins comme le mien soient fermés, surtout quand on voit les grandes surfaces ouvertes. Tant mieux pour eux s’ils peuvent ouvrir mais ce n’est pas logique.

J’imagine que cette situation a demandé beaucoup d’adaptation…

Le pire, c’est en ce moment. Je fais un petit peu de click and collect mais ça ne compense en aucun cas le chiffre d’affaires perdu. ça permet plus de rendre service aux clients qui cherchent désespéramment à s’équiper et de garder le contact avec eux, comme ça je ne disparais pas pendant un mois.

Quand je pouvais encore travailler en début d’année, ce que je trouvais affreux, c’était le couvre-feu à 18h. J’avais décidé d’ouvrir en continu mais je n’ai pas aimé du tout. C’était très difficile. L’horaire de 18h, c’était trop tôt. Je faisais de 10h à 17h30 en continu. C’était une volonté de proposer aux clients qui voulaient s’équiper la possibilité de venir entre midi et 14h. je n’avais plus le temps de faire mes courses, je me faisais livrer, au moins je faisais bosser des gens, il faut voir le côté positif.

Qu’est-ce qui, selon vous, a changé dans votre vie professionnelle ?

Un changement rythme…en temps normal, ma clientèle arrive à partir de 17h. le couvre-feu avait pour conséquence une concentration de personnes entre 16h30 et 17h30 avec parfois 5 à 6 personnes, c’était la course pour moi. Je sais faire vite j’ai l’expérience et je connais bien le matériel que je vends. Mais pas le temps de prendre du temps avec les clients. Pas le temps de l’échange de l’expérience et de la passion. 

Ça devait être stressant…

Ça va, je gérais, j’ai l’habitude. Il m’est arrivé d’avoir une quarantaine de personnes dans la journée. Je sais travailler bien et vite mais c’était frustrant pour certains partaient, ça oui, c’est frustrant.

Est-ce qu’il y a des choses qui ont évolué dans votre manière de travailler que vous pensez garder ?

Rien de spécial, entre midi et deux j’étais ouverte en continu mais els clients ont leurs habitudes et je ne suis pas dans un endroit où il y a énormément de passage. Je ne garderai pas cette ouverture entre midi et deux, ça ne sert à rien.

Aviez-vous des projets qui ont été stoppés à cause du confinement ?

Oui, il y a de grosses ruptures de stock du vélo elliptique dont je vous ai parlé. Ça a mis un gros de coup de frein. Il y a des problèmes d’approvisionnement concernant tout le domaine du vélo. Ça a été compliqué pour les fournisseurs et pour les fabricants. Il y a un seul producteur en Europe pour le produit que je vends qui se trouve aux Pays-Bas. C’est compliqué de faire venir les containers, le prochain n’arrive pas avant un mois et demi. Ça c’est dommage, en temps normal j’en vendais un à deux par mois et j’aurais aimé développer davantage. Nous en avons peut-être encore jusqu’en 2022 ou 2023.

Comment pouvez-vous vous projeter professionnellement dans ces conditions ?

Heureusement, je suis en activité depuis 11 ans, j’ai ma trésorerie et de l’épargne alors je tape dans l’épargne. Si j’avais ouvert récemment, je ne serais peut-être plus là. Je ne sais pas comment ça se passe pour les commerces qui viennent d’ouvrir. Ce doit être difficile. Les débuts, on investit, il faut se faire une trésorerie, il faut acheter le stock, il y a beaucoup de frais d’aménagement ; alors s’il vous tombe une tuile comme ça dessus et que vous n’avez pas la possibilité de faire du chiffre, je ne vois pas comment vous pouvez vous en sortir.

Votre expérience va donc vous permettre de tenir le cap ?

Je croise les doigts.

Si je peux me permettre, sur le plan personnel, comment vivez-vous cette crise ?

Heureusement que je n’ai plus d’enfant en bas âge. Je la vis comme tout le monde, j’imagine. Ce n’est pas la grande joie et le couvre-feu est pesant. C’est difficile à accepter je trouve. J’ai quand même la chance d’être bien chez moi ; je ne vis pas dans un HLM en région parisienne. Je peux faire du sport chez moi, j’ai les appareils ; j’ai l’habitude de faire du sport quotidiennement et j’ai trouvé les moyens de compenser. J’en fais le matin.je respecte le couvre-feu. J’essaie de m’adapter. L’enthousiasme et le positif, c’est important. Les gens qui n’arrêtent pas de se plaindre, ça ne sert à rien. C’est comme ça et c’est partout pareil. J’ai la chance aussi de pouvoir pratiquer les choses que j’aime comme la lecture. Ce qui me manque, ce sont les restaurants, pouvoir sortir et avoir une vie sociale. Nous avons décidé avec les amis de ne pas nous voir, mais c’est vrai que c’est pesant. Ce côté stop-and-go est compliqué à gérer. Je ne vois pas souvent mon fils qui est à Toulouse et ma mère est en EHPAD, on ne peut pas s’embrasser, c’est très compliqué. Elle a été isolée pendant 15 jours dans sa chambre, c’est très difficile. Les personnes âgées ont aussi très peu d’activités en EHPAD avec le COVID. Moi, ça va, j’ai mon compagnon, mes occupations, les réseaux sociaux. Mon fils est en stage en présentiel dans une entreprise, il va bien. Ma mère ne comprend pas pourquoi son petit fils ne vient pas la voir, ça, c’est difficile.

 

 Entretien rédigé et retranscrit par Triipcool La Rochelle.

 

 

 

 

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