Nos Portraits

Triipcool La Rochelle et la Jeune Chambre Économique de La Rochelle ont réfléchi conjointement à la situation économique et psychologique des commerçants de notre belle ville ne pouvant plus exercer leur activité, à la suite de la situation sanitaire engendrée par la covid-19. Triipcool fait travailler des acteurs locaux, qui interviennent à domicile. Cette entreprise a à cœur d’être pleinement solidaire des commerçants qui ont dû cesser toute activité. Ainsi, lors d’une réunion avec La Jeune Chambre Économique de La Rochelle, nous avons pensé au moral de nos partenaires et réfléchis à ce que nous pouvions menée comme action conjointe. Nous avons donc eu l’idée de dresser des portraits des commerçants qui ne peuvent plus ouvrir leur commerce en leur donnant la parole afin qu’ils puissent exprimer leurs ressentis.

La rochelle

Mångata : Salon de thé, Restaurant pour petit déjeuner et brunch.
6 Rue de La ferté, 17000 La Rochelle.
Téléphone : 05.16.85.65.29

 Mångata  La Rochelle.

Interview de Marie , dirigeante de Mångata La Rochelle par Marianne Guyot Sionnest de la JCE La Rochelle en collaboration avec Triipcool-larochelle.com 

Marie est la co-fondatrice et co-gérante de Mångata, un restaurant, salon de thé cosy situé rue de la Ferté à La Rochelle. Comme tous les restaurateurs, elle a vécu de plein fouet les périodes de confinement depuis mars 2020. Nous faisons le point avec elle sur l’année qui s’est écoulée et ce qui l’a fait tenir malgré les difficultés cumulées.

Je m’appelle Marie, je vais bientôt avoir 40 ans. J’ai ouvert Mångata avec mon ami d’enfance, Juan. Nous nous connaissons depuis 25 ans et nous avions ce projet de créer un lieu ensemble. Comme j’ai beaucoup voyagé, nous avions d’abord eu l’idée de le créer aux Philippines. C’est à l’occasion d’un séjour à La Rochelle chez des amis le coup de cœur pour la ville.

Nous avons mis du temps à trouver ce lieu et il nous a fallu presque un an pour murir le projet. Finalement on a trouvé ce local à deux pas du marché qu’il a fallu complètement aménager. J’avais une idée très précise de l’ambiance cosy que je voulais donner au lieu. Tout le mobilier est chiné. Nous avons travaillé avec l’Instant F pour imaginer le plafond fleuri. Au final, je pense que le pari est réussi est que nous avons créé un lieu agréable à tout moment de la journée. Mångata, c’est le projet d’une vie. Il fallait que ce lieu nous ressemble.

Pour décrire Mångata, je dirais que c’est un salon de thé / brunch où l’on peut venir à tout moment de la journée. Nous fonctionnons beaucoup sur le goûter. Nous proposons des boissons gourmandes, des brioches, des pancakes., etc. Tout est fait maison. Nous sommes aussi salon de thé car c’est le métier de Juan. Il adore le thé et a tenu une maison de thé par le passé. D’ailleurs, nous avons déposé notre marque pour le thé : le thé Mångata. Dans le futur, nous aimerions aussi ouvrir une boutique. 

Côté recette, il y a une grande inspiration de Sardaigne comme je suis moi-même d’origine Sarde. Par exemple tous les petits pains que nous proposons sont typiquement de là-bas. Pour ma part, je suis vegan mais c’est important qu’il y en ait pour tout le monde chez nous. Tout est hyper frais, nous n’avons même pas de congélateur. La contrepartie c’est que cela nous donne beaucoup de boulot notamment dans la préparation et l’installation chaque jour.

Face au covid

Le couperet tombe en mars. Deux mois après l’ouverture de Mångata, le gouvernement impose un confinement et l’arrêt des activités. Le deuxième et le troisième confinement laisseront plus de marges d’adaptation. Comment avez-vous vécu ces périodes ?

Ça a été dur. On a fêté les 1 an et demi de Mångata avec 8 mois et demi de fermeture.

Nous nous sommes posés beaucoup de questions car la vente à emporter n’est pas vraiment notre fort. Nous avons eu l’idée de s’associer à l’Instant F qui nous fournit les fleurs séchées qui ornent le plafond de Mångata. On travaille avec elle depuis le tout début. Nous avons donc proposé des bouquets de fleurs séchées et nous le faisons maintenant depuis le mois de novembre. C’est une idée qui a cartonné pour nous. C’est d’ailleurs quelque chose que nous allons garder et faire désormais toute l’année. La contrainte du covid nous a transformé en fleuriste en quelque sorte. C’est quelque chose qui va bien avec notre concept. Nous en avons beaucoup vendu pour Noël par exemple.

En parallèle, nous continuions à vendre du thé en vrac, des desserts. Nous nous sommes adaptés avec une contrainte nouvelle sur la gestion des produits. Nous ne voulions pas avoir trop de pertes pour ne pas perdre d’argent et dans le contexte c’était plus difficile à évaluer. Et puis nous avons eu de la demande pour du salé donc nous y avons répondu et commencé à faire du salé à emporter. Finalement, nous avons réussi à travailler sur cette période. Ensuite, nouvelle difficulté avec les travaux de la rue. Nous avons arrêté complètement l’activité, c’était devenu beaucoup trop contraignant.

Financièrement, comme nous étions une nouvelle entreprise nous n’avions pas de bilans à fournir. Cela a été très compliqué aux niveaux des aides exceptionnelles liées au covid. Nous avons d’ailleurs vécu 5 mois sans aides. Le bilan est rude, un an et demi après l’ouverture, nous ne vivons pas de notre travaille. Comme tout le monde, nous avons des charges qu’il faut assumer. L’été dernier nous avons très bien travaillé mais nous avons préféré renforcer notre trésorerie. C’est ce qui nous a sauvé sur la suite de l’année. Nous avons sauvé notre bébé. Sur cette période, il n’y avait que le projet qui comptait. Il fallait tenir et rester debout. Personnellement, c’est aussi un sacrifice et un défi d’adaptation. C’était très compliqué car on se fait passer en second plan.

Dans le monde de l’entrepreneuriat, on alerte souvent face à la solitude de l’entrepreneur. Comment ça s’est passé pour vous ? Comment arriviez-vous à garder confiance dans votre projet pour l’avenir ?

Déjà, nous formons un binôme avec Juan à toute épreuve. Il y a une grande confiance entre nous et cette année a encore prouvé que nous sommes solides ensemble. Quand l’un a tendance à baisser les bras, l’autre est là pour le relever et inversement.

Ensuite, nous avons le soutien d’une clientèle fidèle depuis le début. Nous recevons beaucoup de messages, des cartes de personnes qui habitent à Paris, à Toulouse qui sont venus une fois cet été. C’est fou. Sur les réseaux sociaux, nous avons une vingtaine de messages par jour pour nous souhaiter bon courage. Lorsque l’on a fermé en raison des travaux, il y a eu un nouvel élan de solidarité. Ce ne sont que des mots et pour certains ça na parait rien mais ça nous aide à aller de l’avant et à nous battre. Cela nous aide à nous dire que nous ne nous sommes pas trompés et que nous n’avons pas fait tout ça pour rien.

Nous n’avions pas beaucoup de recul et ces témoignages d’amitié et de soutien nous ont au moins permis de nous rassurer sur notre projet et notre concept. Aujourd’hui, j’identifie les clés de notre succès auprès des clients par le choix de nos produits et la qualité de notre accueil. On est naturels. D’ailleurs, je vois des clients en dehors de Mångata. Cet été, nous allons recruter une cliente pour la saison. Nos clients se sont des rochelais avec qui nous avons créé des liens au-delà d’une relation simplement marchande et sans doute que le covid a renforcé ça. Le covid nous a rapproché. Les gens ont cherché à savoir qui nous étions nous et ils nous ont considéré au-delà de Mångata. La période a vu se créer beaucoup de liens. S’il y a un moment dans le métier où nous avons pu avoir le sentiment de n’être que des porteurs d’assiettes, cette période a eu le mérite de recréer du lien humain. Les gens se sont aussi aperçus qu’on leur manquait, aussi que nous étions comme tout le monde et que l’on avait des problèmes d’argent. Il me semble que cela a réhumaniser le métier et c’est cool.

Enfin, la solidarité elle s’est aussi observée dans notre rue entre commerçants. On s’entend bien avec toute la rue. Nous nous sommes dépannés, prêtés les terrasses par exemple lorsque nous fonctionnons en décalé. Il y a une grande solidarité dans la rue. Beaucoup de commerçants viennent manger chez nous. Nous on consomme dans les commerces de la rue. Même avec le Baron Moleskin qui est un restaurant et avec qui on aurait pu imaginer de la concurrence, on s’est serré les coudes, prêter des parasols, etc. On était là les uns pour les autres. On a fait une dernière soirée le 29 octobre avant la fermeture tous ensemble. Il y a une bonne ambiance. 

Et puis, il y a eu l’importance de se regrouper entre professionnels. Par rapport aux travaux envisagées par la Ville de La Rochelle dans la rue, nous avons monté un syndicat de restaurateurs. Ensemble, nous avons réussi à faire évoluer le calendrier de travaux car au départ, les travaux devaient commencer plus tôt dans la rue. Nous avons gagné presque 6 mois d’activité et les travaux n’ont commencé qu’en hiver. Ce que je retiens, malgré les difficultés de cette année, c’est cette grande solidarité. Après je ne cache pas que l’on a beaucoup pleuré, beaucoup douté. 

C’est un engagement avec un part de risque donc nous avançons. Nous n’avons pas vraiment le choix non plus. Nous ne pensons jamais être assez fort mais une fois embarquer dans l’aventure on n’a plus le choix que d’avancer. J’aime penser que l’on se relève encore plus fort. Quelques jours avant la réouverture du 19 mai on se sent comme des machines de guerre. On est prêts ! 

Que peut-on espérer pour l’avenir selon toi ?

La covid nous a sans doute fait nous recentrer vers des choses plus essentielles et nous tourner vers les personnes de proximité puisque nous étions restreints dans nos déplacements. 

Nous sommes impatients et je pense que les gens aussi. Nous allons pouvoir nous retrouver. J’espère que les gens seront aussi plus conciliants vis-à-vis des gestes barrières car pour faire respecter le port du masque l’été dernier ça été un peu compliqué parfois.

J’ai de l’espoir et je pense que nous partons sur un bel été. Nous sommes prêts et moralement ça va faire un bien fou de revoir des gens sur la terrasse. Il y a une émotion par rapport à cette réouverture. Pour nous, c’est comme une deuxième naissance après 8 mois de fermeture cumulée. On a passé plus de temps fermé qu’ouvert. Comme lors de la première ouverture, il a un peu de stress et on a hâte.

Mon souhait, c’est que l’on n’oublie pas l’année qui vient de s’écouler et que les liens créés et l’élan de solidarité perdurent.

 Entretien rédigé et retranscrit par Triipcool La Rochelle.

 

 

 

 

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