Nos Portraits

Triipcool La Rochelle et la Jeune Chambre Économique de La Rochelle ont réfléchi conjointement à la situation économique et psychologique des commerçants de notre belle ville ne pouvant plus exercer leur activité, à la suite de la situation sanitaire engendrée par la covid-19. Triipcool fait travailler des acteurs locaux, qui interviennent à domicile. Cette entreprise a à cœur d’être pleinement solidaire des commerçants qui ont dû cesser toute activité. Ainsi, lors d’une réunion avec La Jeune Chambre Économique de La Rochelle, nous avons pensé au moral de nos partenaires et réfléchis à ce  que nous pouvions mener comme action conjointe. Nous avons donc eu l’idée de dresser des portraits des commerçants qui ne peuvent plus ouvrir leur commerce en leur donnant la parole afin qu’ils puissent exprimer leurs ressentis.

La rochelle

Comédie La Rochelle.                               18 Rue Rambaud, 17000 La Rochelle.
https://www.16-19.fr/larochelle.

 

La Comédie La Rochelle face à la Covid.

Interview de Tewfik BEHAR REHALA, dirigeant de la Comédie par Marion Sineux, la jeune Chambre économique.

 

Question : le spectacle est un temps humain où on échange et où on rigole.

Réponse : on se rend compte que c’est quasiment essentiel à l’être humain de pouvoir partager et rire, de pouvoir dialoguer et s’exprimer.

Question : je m’intéresse à la manière dont ces différentes mesures sanitaires, avec votre fermeture le 15 mars, vous a impacté. Vous avez été autorisés à ouvrir quand ?

Réponse : on a ouvert en juillet. On a fonctionné avec les protocoles en juillet, en aout, septembre après il y a une vis qui a été serrée en octobre et on a dû fermer fin octobre. Pour la réouverture de 19, on a une jauge de 35 %. Ce sera 100 % à partir du 30 juin. Malheureusement, 35 %, ce n’est pas viable. Nous ce sera sûrement à partir du 30 juin.

Question : vous faites des travaux pour aménager les caméras etc. je m’intéresse aussi aux comédiens, aux salariés qui passent ici.

Réponse : on fonctionne avec plusieurs types de modèles. On a le modèle où des artistes viennent rôder leur spectacle, là ce ne sont pas nos salariés mes nos partenaires puisqu’on est en coréalisation, on a aussi un modèle avec les troupes qui viennent jouer leur spectacle, ensuite on a un pôle plutôt avec nos comédiens à nous notre famille en fait. Il joue des spectacles qui se jouent déjà partout en France. On a la licence d’exploitation on achète cette licence, alors on fait un casting avec un comédien qui habite à Aigrefeuille, un comédien qui habite à La Rochelle, etc. On a donc déjà cette troupe à demeure qui jouent pour nous mais ce sont des intermittents c’est-à-dire que si demain il y a un tournage, ils vont faire ce tournage. Ils ne sont pas exclusivement attachés à comédie La Rochelle. On travaille avec eux à 80 % du temps. Avant, on ne se connaissait pas avec les comédiens, on a du faire appel à d’autres comédiens qui venaient de Paris ou de Nantes et de Bordeaux, maintenant ce sont tous des comédiens issus de la Rochelle. Donc zéro carbone. Rire. La comédie de la Rochelle a ouvert en 2011. Ça fait 10 ans. Avec un comédien qui s’appelle Vincent Moscato qui est le parrain du lieu parce que je cherchais un parrain pour faire les premières

Question : comment avez-vous vécu cette fermeture impromptue et complète ?

Réponse : comme la plupart des personnes, ça a été une déflagration nous interdire de pouvoir jouer, de pouvoir ouvrir et accueillir du public, c’est très très difficile pour un lieu festif. On a dû accepter puisque tout le monde l’a accepté. Ça fait partie de la santé des spectateurs et du public. Il faut respecter ça. On a appris à vivre avec on se demande comment améliorer notre accueil du public même s’ils ne sont pas là. On essaie de se projeter pour les dates d’ouverture, on essaie aussi de se projeter en disant qu’on peut faire des choses à distance. Les comédiens ont fait des petits post etc. On les a diffusées, on a essayé de faire vivre en disant qu’on est toujours là et on sera toujours là. Il s’agit de s’adapter mais surtout de survivre parce qu’on pense à demain, il faut toujours être présent pour ne pas mettre la clé sous la porte.

Question : oui c’est la crainte, si je me permets d’être un peu alarmiste comme certaines personnes peuvent l’être, pour la culture il y a beaucoup d’inquiétude par rapport à des entreprises de personnes qui ne peuvent pas tenir le choc. Il y a une inquiétude de la perte de la culture en qualité et en quantité.

Réponse : il y a deux mondes qui s’affrontent, c’est-à-dire le monde de la culture et du divertissement et le monde de la santé et de l’administration. Faire vivre tous ensemble c’est très très compliqué. On essaie de voir la vie du bon côté et de se dire que ce n’est qu’un moment. Après le tsunami, il y aura un lendemain beaucoup plus sympathique. On travaille plutôt ce côté positif. Sinon on se met une balle dans la tête tout de suite. Comment travailler avec de l’humain, ce n’est pas comme les restaurateurs où il y a de la matière première, là ce sont des comédiens et il nous demande à chaque fois quand on va réouvrir. Je réponds que je ne suis pas le président de la République ou des scientifiques du monde, on attend. Ça été très difficile pour les comédiens. On a été obligé de déprogrammer des spectacles, il fallait qu’on trouve quelque chose qui puisse rassurer tout le monde.

Avec nos productions à nous, on arrive à coïncider, avec les productions externes c’était très difficile. Si je prends le cas de Patrick Timsit devais jouer en avril 2020, ça a été annulé, on l’a reporté à septembre et ça a été encore annulé. Lui, quand il fait son rodage au mois d’avril c’est qu’il prévoit de faire l’Olympia au mois d’octobre, tout a été décalé. Dès qu’on décale les dates de rodage, décale l’Olympia, on décale toutes les tournées.

Question : comment vous faites pour reporter et retrouver des dates, pour gérer les calendriers de tout un chacun ?

Réponse : on boit du café. On prend le téléphone et on met le chargeur parce qu’on sait que ça va durer très longtemps. C’est très très compliqué et stressant. En même temps il y a d’autres choses qui tombent donc on essaie de jongler par rapport à tout ça. On fait des billetteries, rembourse les gens, il faut aussi rassurer le public quand il pense que leur place est perdue. Il faut toujours rassurer les gens. Là, on commence à communiquer en prévenant qu’on va plutôt ouvrir fin juin plutôt que le 19 mai. Les spectateurs pensent que tout réouvre le 19 mai.

Question : vous avez donc beaucoup de travail de communication et de gestion de votre stress à vous, des collègues et des clients ?

Réponse : à ce jour nous n’avons aucun protocole. On ne sait pas s’il faut laisser un siège entre deux personnes, s’il y a une distance par rapport au bar, etc.

Question : qui vous communique ces informations ?

Réponse : normalement c’est le ministère de la culture. Chaque ministère rédige des protocoles. Ensuite c’est le préfet qui communique.

Question : là vous attendez, ça doit être frustrant ?

Réponse : comme tous les Français, quelquefois on est dans le flou, on se demande si on comprend bien. À chaque fois il faut aller creuser les informations quand on va vers une administration, et même les administrations quelquefois peuvent être dans le flou.

Question : est-ce qu’il y a des cellules de soutien ? Je sais qu’il y a des numéros verts qui ont été proposé par l’État mais est-ce qu’il y a une cellule de soutien peut-être de la part du ministère ?

Réponse : c’est le bouche-à-oreille urbain je dirais. Dès le premier confinement, on a monté une structure. On a l’inconvénient d’être en théâtre privé, nous ne sommes pas subventionnés. On est 100 % privés. C’est donc 100 % de notre poche. On s’est donc dit qu’on est beaucoup de théâtre privé en France, on va se réunir et créer une fédération pour avoir du poids auprès du ministère. On a élu un président, qui est en dialogue direct avec le cabinet. On a des échanges comme ça. Nous sommes 175 théâtres privés. On accueille donc énormément de public. Beaucoup d’artistes de renom, que ce soit Florence Foresti ou d’autres, nous notre carrière on ne l’a pas commencé tout de suite à l’Olympia ou à Bercy, on a commencé dans des petits lieux. Des petits lieux privés. Donc si les petits lieux disparaissent, tous les artistes d’aujourd’hui et de demain ne pourront pas exister. On peut dire que 100 % des artistes ont commencé comme ça. On est donc essentiel pour la création des grands spectacles. Ce n’est pas ce seulement de la culture mais c’est aussi de l’économie. Quand il y a 150 personnes qui sortent ici le soir, ils vont aller au restaurant. La voiture est garée au parking. Certaines viennent passer un week-end donc ils sont à l’hôtel à côté. Il y a une consommation qui se fait avant le spectacle ou après le spectacle. Si ce pôle de spectacles disparaît, ça impactera sur le reste de l’économie. C’est toute une chaîne. Les autres commerces sont aussi essentiels pour notre activité. Les restaurateurs conseillent les spectateurs sur les endroits.

Question : qu’est-ce que vous avez en termes de salariat ?

Réponse : ici, nous avons Kevin, et une autre personne pour la billetterie et la communication, la régie et l’accueil des artistes. Ils sont en chômage partiel. Il travaille une journée par semaine mène et le reste du temps en chômage partiel.

Question : comment vous avez fait pour garder un esprit d’équipe, pour fédérer votre équipe pour travailler ensemble ?

Réponse : nous avons trois autres théâtres à Aix-en-Provence, à Marseille et à ? Avec mon associé, on s’est dit que la première des choses c’est déjà bien sûr de fermer mais c’est de préserver l’équipe qu’on a. Le jour où on va redémarrer, on va redémarrer toujours avec la même équipe. C’était au moins de pouvoir garder ça. À un moment, le chômage partiel remboursé seulement entre 70 et 80 pour cent, on a donc décidé de faire le complément personnellement. Ça leur permettait de garder toujours le même pouvoir d’achat. Pour l’instant on a réussi à préserver l’équipe, et on continuerait à le faire s’il le fallait. La deuxième chose c’est aussi de garder les comédiens avec les spectacles qu’ils avaient répétés. Que ça ne soit pas jeté à la poubelle. C’étaient des semaines et des mois de travail. On a organisé une grosse réunion ici, avec des échanges, dans les règles de l’art, et tout le monde était plus que motivé pour reprendre l’activité, ils avaient une crainte que le théâtre ferme à tout jamais. On les a rassurés de ce côté-là, on leur a dit qu’on allait garder les spectacles et qu’on les gardait. C’est seulement une année blanche qu’on va essayer d’effacer de notre mémoire. Psychologiquement je pense que ça risque d’être difficile de reprendre la machine en route. Quand vous êtes à la maison, vous prenez l’habitude de ne rien faire, ça risque de rouiller un peu. Il va falloir quelques semaines de réadaptation. Même pour nous dirigeant, de se dire qu’il va falloir revenir tous les jours, on va finir tard tous les soirs, le matin va se lever tôt, ça va être compliqué. Il va aussi valoir falloir gérer le flux de personnes. Ça va être un peu chaotique dès le début, il va falloir se remettre en route.

Question : D’un point de vue un peu plus personnel, je me permets d’aborder cette question, vous êtes mariés, est-ce que vous avez des enfants ?

Réponse : Deux enfants.

Question : Comment vous avez vécu les choses personnellement par rapport à votre vie de famille ? Parce que la vie professionnelle ça a quand même un impact énorme sur la vie de famille.

Réponse : En fait, heureusement qu’il y avait la famille. Les enfants sont en bas âge puisqu’ils sont quatre ans. C’est le moment où ils s’éveillent, où ils s’amusent où ils parlent, ça a donc été plutôt sympathique. Pour eux, ça va être difficile de se dire que papa ne va plus être là. Je pense que ça va être quelque chose d’assez traumatisant pour eux. C’est pour ça qu’on leur parle énormément, on les prévient que les restaurants vont ouvrir, que papa va retravailler.

Question : En termes de socialisation, pour des enfants qui normalement vont à l’école et se font des copains, apprennent à connaître du monde, c’est différent.

Réponse : Oui mais les enfants s’adaptent très facilement. Et très vite. On n’a pas eu de souci de ce côté-là. Il suffit de leur parler et ils comprennent.

Question : Finalement, au moment où vous vous êtes recentrés sur votre vie de famille, vous avez plus partagé que si vous aviez travaillé et vous avez su en tirer quelque chose de positif.

Réponse : Forcément quelquefois, dans les drames ou dans les problèmes, il y a toujours du positif. On a essayé de tirer le meilleur et ne pas perdre son temps. On s’est dit qu’on allait plus profiter avec les enfants, qu’on allait plus jardiner et plus s’amuser. Et ça a marché.

Ça c’est pour ceux qui ont une famille mais pour ceux qui sont seuls c’est peut-être un peu plus compliqué.

On espère juste qu’il n’est pas encore une autre complication sanitaire. Cela étant, il faut accepter. Le plus dur c’est d’accepter.

Question : Il n’y a pas quand même une fatigue au bout d’un moment ?

Réponse : Oui c’est sûr, c’est ce qu’on appelle le stop and go. Mais il faut se donner une petite lueur d’espoir.

Question : Il faut donc beaucoup d’adaptation. Vous avez l’air de tenir le cap. C’est rassurant et c’est quand même positif.

Réponse : On sait juste dit qu’est-ce qu’on fait pendant ce temps-là ? On rénove le lieu, on lui donne un coup de fraîcheur, etc. On va refaire la façade avec un habillage en quoi que ce soit joli. Je pense que début juillet, on repart sur quelque chose de positif et de beaux et de tout neuf. C’est ce qu’il faut pour les spectateurs, de se dire, certes on retrouve le lieu dans l’état où on l’avait laissée mais non c’est encore mieux de se dire bah tiens on retrouve un autre théâtre avec une équipe encore plus motivée.

Question : Finalement, est-ce que de continuer les projets, est-ce que ce n’est pas ça qui vous permet de supporter ces moments compliqués ?

Réponse : justement huit. Ça nous permet de tenir. Heureusement qu’on a ça, d’autres projets, d’autres ambitions, un coup de fraîcheur histoire de se dire qu’on va se retrouver dans un autre lieu. C’est pour ça que j’ai motivé les équipes en leur disant de profiter de ce moment-là pour recréer autre chose, créer un autre spectacle, etc.

Question : Et continuer à avancer malgré tout…

Réponse : Tout à fait il faut continuer à se projeter. C’est 2021. Et en 2022, est-ce qu’on peut encore apporter ? Et en 2023 ? Qu’est-ce qu’on peut encore faire d’autre ?

Question : C’est déjà quelque chose que vous faisiez ?

Réponse : Oui mais pas tant que ça, parce qu’on avait tellement la tête dans le guidon qu’on ne voyait pas les petits défauts de peinture, d’écran, etc. Comme un spectacle en poussait un autre, on avait plus le temps. Les seuls moments où on soufflait, c’était vraiment pour faire un repas entre nous, histoire de se retrouver, etc. On n’avait pas le temps de se demander ce qu’on pourrait améliorer. On le faisait mais pas aussi profondément que ça.

Question : Est-ce qu’il y a des choses que vous allez garder, des trucs utiles, des idées et des astuces que vous avez mises en place pendant cette période ?

Réponse : J’allais dire tout. L’état d’esprit. C’est surtout l’accueil des spectateurs, chaque fois qu’un spectateur arrive, je dis à mes collaborateurs que c’est gloire à toi spectateur. Parce qu’il a fait des sacrifices rien que pour venir ici. On lui dit merci. Donc on l’accompagne jusqu’au spectacle, et à la sortie, on le raccompagne pour savoir s’il a apprécié. Il y a un temps d’échange entre les comédiens les spectateurs. On a instauré ça dans notre salle depuis 10 ans. Avant, tous les comédiens, une fois que le spectacle était terminé, ils montaient dans la loge. Comme ça, ça permet de savoir, pour les comédiens, ce que les gens ont pensé du spectacle. Ils ont appris à améliorer et à écouter les gens. Maintenant pour chaque spectacle, on sort avant le public.

Question : Une dernière question, il y a des études qui ont été faites par rapport aux salles de spectacles au nombre de personnes, est-ce que vous avez eu des retours sur ça et qu’est-ce que vous en pensez ?

Réponse : Comme je vous ai dit, là ils autorisent à ouvrir avec une jauge de 35 %, il n’y a jamais eu de cluster dans les salles de spectacles. Je pense qu’être assis avec son masque, je ne vois pas ce qu’il y a de plus gênant que d’être assis dans un TGV. Partant de ce principe… mais je me plie aux ordres qui sont donnés. Et je ne suis pas scientifique. Bientôt presque à 100 %, le 30 juin. Coller aux règles sanitaires, question d’état d’esprit avant les gens se faisait la bise facilement, je pense que maintenant les gens vont faire attention. 

Entretien rédigé et restanscrit par Triipcool La Rochelle.

 

 

 

 

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